Quand l’hiver s’installe pour de bon, la plupart d’entre nous ne cherchons pas l’aventure. Nous cherchons l’autorisation de nous arrêter. Le problème, c’est que le voyage d’hiver se vend presque toujours à l’inverse : forfaits de ski, marchés de Noël bondés, chasses aux aurores boréales qui supposent de rester planté dans un champ à minuit.
Il existe une tradition plus douce, et l’Europe en regorge. Des saunas, des sources chaudes, des bassins thermaux et de petites villes sous la neige où tout l’enjeu tient en trois mots : chaleur, vapeur et coucher tôt. Voici cinq lieux faits pour ceux qui avancent sur la réserve.
Pourquoi le froid fait les voyages les plus chaleureux
Un séjour thermal en hiver a un avantage que l’été n’aura jamais : le contraste fait la moitié du travail. Passer de l’air glacé à l’eau brûlante provoque un soupir de tout le corps qu’aucune plage ne saura égaler, et la neige donne même à une rue banale une raison de se taire. Le froid supprime aussi la pression de sortir faire des choses. Personne n’attend de vous que vous rentabilisiez une ville par moins cinq degrés. La saison elle-même abaisse les exigences, et pour quelqu’un d’épuisé, c’est là le vrai luxe.
Tampere, Finlande : le sauna comme rythme quotidien
Tampere se proclame capitale mondiale du sauna, et elle le mérite. La ville compte des dizaines de saunas publics, de Rajaportti — le plus ancien sauna public encore en activité de Finlande — aux adresses au bord des lacs comme Rauhaniemi, où les habitués alternent l’étuve et un plongeon dans un trou taillé à même la glace. Nul besoin de courage pour la partie glacée : regarder depuis le banc, une boisson chaude à la main, est une activité locale parfaitement honorable. Le rythme est simple et se répète à l’infini : sauna, air du lac, café et viennoiserie, repos, on recommence. Deux ou trois jours de ce régime et le voyage a rempli sa mission.
Bad Gastein et Vals : de la vapeur au cœur des Alpes
Bad Gastein, en Autriche, est une ville d’eaux Belle Époque accrochée aux parois d’une gorge, avec une cascade qui la traverse de part en part et de l’eau thermale qui court sous tout le reste. En hiver, les grands hôtels d’autrefois trônent dans la neige, la vallée se vide de ses randonneurs, et les bains thermaux — le Felsentherme en ville, l’Alpentherme au village voisin — deviennent le seul programme de la journée. Depuis Paris ou Lyon, un vol jusqu’à Salzbourg puis un train sans changement suffit à s’y rendre, ce qui compte quand l’idée même d’un transfert en voiture semble déjà de trop.
Vals, en Suisse, est plus petit et plus silencieux encore : un village perché des Grisons, connu surtout pour ses bains thermaux, bâtis par l’architecte Peter Zumthor dans des dalles de quartzite locale. L’intérieur est sombre, sonore et chaud, plus proche d’une chapelle que d’un centre de loisirs. Dehors, un bassin à ciel ouvert fume face à la neige. Il n’y a presque rien d’autre à faire à Vals en hiver, et c’est précisément la recommandation.
Bormio, Italie : l’eau chaude que les Romains ont trouvée les premiers
Bormio, dans les Alpes lombardes, est surtout connue des visiteurs comme une station de ski, mais ses sources chaudes attirent les foules depuis l’époque romaine. Les anciens bains dominent la vallée : on y passe de bassins chauds creusés à flanc de colline à une piscine extérieure qui regarde droit vers les montagnes enneigées. En contrebas, le centre médiéval est compact et sans esbroufe : deux ou trois places, de longs dîners de pizzoccheri arrosés de vin rouge du cru, et aucune obligation d’approcher un télésiège.
Miskolctapolca, Hongrie : un bain à l’intérieur d’une colline
Les bains célèbres de Hongrie sont à Budapest, mais le plus étrange et le plus à l’épreuve de l’hiver ne s’y trouve pas. À Miskolctapolca, dans les collines boisées du nord-est, l’eau thermale remplit une succession de galeries naturelles : on dérive dans des couloirs sombres aux parois de roche pendant que l’hiver poursuit son cours dehors. Comme le bain est littéralement à l’intérieur de la colline, la météo n’a plus aucune importance. La petite station qui l’entoure est modeste et bon marché, ce qui débarrasse le séjour de toute pression : pas de code vestimentaire, pas de public à épater, juste de l’eau chaude dans la pénombre.
Planifier sans y laisser ses forces
Le piège d’un voyage de repos, c’est de l’organiser comme les autres : trop d’options, trop d’horaires d’ouverture, un programme qui se transforme sournoisement en travail. Mieux vaut ne trancher que trois choses — à quel point vous êtes fatigué, jusqu’où vous vous sentez de voyager, et de combien de jours vous disposez — et laisser tout le reste flotter.
C’est à peu près ainsi que Moodora s’y prend : vous lui confiez votre humeur, votre énergie et votre rythme, il vous suggère des lieux dans cet esprit et esquisse un plan jour par jour que vous pouvez adoucir par la conversation jusqu’à ce qu’il colle à l’hiver dont vous avez réellement besoin. Peu importe le chemin pour y arriver : gardez la forme du voyage simple. Une ville. Un bain ou un sauna. De longues soirées. La neige qui fait son travail tranquille derrière la vitre pendant que vous, pour une fois, ne faites rien du tout.